Construire des ponts : les coopératives du monde s'engagent pour la paix à Panama.

05 Oct 2026

La paix est bien plus qu’une absence de conflit. Les graines nécessaires à l'émergence d'une société sans guerre sont semées bien avant que le premier sang ne soit versé. Les coopératives jouent un rôle essentiel dans la construction de communautés harmonieuses dans un monde confronté à de nombreux défis économiques, politiques et environnementaux. Tels sont les principaux messages qui ont émergé lors de la Conférence mondiale et de l'assemblée générale de l'ACI tenues au Panama en septembre ; événement qui a rassemblé plus de 1 100 personnes venues d'environ 80 pays autour du thème Construire des ponts : contribution coopératives pour un monde pacifique.

Cette semaine a notamment été marquée par l'Assemblée générale élective de l'ACI, le lancement de la Déclaration de Panama, la publication d'une note d'orientation démontrant le rôle essentiel des coopératives dans la réalisation des 17 Objectifs de développement durable des Nations Unies et la présentation de la stratégie de communication de l'ACI pour la période 2026-2030. L'événement a également donné la parole à des ministres, des dignitaires, des praticiens du secteur coopératif, des dirigeants et des universitaires venus du monde entier. L’idée de la paix — et la manière dont les coopératives contribuent à créer les conditions qui la rendent possible — a constitué dès son ouverture un fil conducteur illustré par les messages vidéo de l'économiste indienne du développement Jayati Ghosh et du militant tunisien des droits de l'homme et prix Nobel de la paix, Ahmed Ben Tahar Galai. 

« Les problèmes auxquels nous sommes confrontés [...] ne peuvent pas être résolus par des approches purement nationalistes. Ils exigent de la coopération » a déclaré Jayati Ghosh. « Nous devons passer d’une vision pessimiste du monde dans lequel nous vivons à la reconnaissance qu’il recèle encore des possibilités et qu’en travaillant ensemble, nous pouvons réellement œuvrer à un avenir meilleur pour tous. »

Ahmed Ben Tahar Galai a souligné que le mouvement coopératif « en tant que composante de l’économie sociale et solidaire, peut contribuer à [la paix] parce qu’il rompt avec le système capitaliste qui engendre les guerres : le système du profit à tout prix, le système de l’accumulation des richesses entre les mains d’une minorité... Ces causes structurelles sont à l’origine des guerres, et le mouvement coopératif peut les mettre en lumière. »

La conférence a été officiellement ouverte par l'Agrupación Folclórica Herencia, Lega do y Tradición (Groupe de folklore « Héritage, Legs et Tradition ») avec une prestation traditionnelle panaméenne, devant des invités de marque qui ont officiellement donné le coup d'envoi des travaux.

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« Notre pays a toujours été et restera un bâtisseur de ponts » a déclaré Roberto Linares (ministre du Développement agricole de la République du Panama, représentant le Président José Raúl Mulino Quintero), soulignant qu’en accueillant cette conférence, le Panama est devenu « l’épicentre de la solidarité, de l’égalité et de la paix ». Il a ajouté que le monde est confronté à « d’immenses défis géopolitiques » et que, face à cette situation, « le modèle coopératif n’est pas une alternative secondaire mais un moteur essentiel de la paix, du développement durable et du travail décent ».

Rolando González Patricio (Président du Parlement latino-américain et caribéen, Parlatino) a expliqué que la région est soumise à des pressions particulières qui lui sont propres mais que le Parlatino « privilégie le dialogue et la coopération pour construire un avenir meilleur, plus juste et plus pacifique ». Cette démarche s'inscrit dans la continuité du travail engagé en 2012, a-t-il ajouté, lorsque le Parlatino a conclu un accord historique avec Coopératives des Amériques, établissant un cadre permanent de collaboration entre les instances législatives de la région et le secteur coopératif.

Ana Graça (coordonnatrice résidente des Nations Unies au Panama) a souligné que les ponts ne sont pas toujours faits d’acier et de ciment. « Parfois, ils sont construits grâce à la confiance et à la solidarité » a-t-elle déclaré. « C'est ce que font les coopératives : elles créent des ponts entre les personnes et les communautés, entre l'inclusion et les opportunités, entre le développement et la paix. C'est dans ces espaces que la confiance se renforce et que des solutions émergent... Ce qui est essentiel car la paix ne se résume pas à une absence de conflit ; elle suppose aussi justice, inclusion et accès aux opportunités. »

Erika Vargas (Directrice exécutive de l’IPACOOP, Panama) a insisté sur la dimension mondiale du mouvement coopératif. « Quand je regarde cette salle je ne vois pas une liste de noms ou d’organisations ; je vois des visages marqués par l’engagement qui reflètent une communauté coopérative mondiale œuvrant ensemble dans la dignité et le respect. » Un véritable changement ne peut s’opérer en vase clos ; il nécessite au contraire d’unir les volontés, a-t-elle déclaré, ajoutant : « Notre force ne constitue pas une alternative à l’économie ; elle représente une puissance mondiale. »

José Alves de Souza Neto (Président de Coopératives des Amériques), au nom du bureau régional, a souhaité aux délégués la bienvenue à Panama. « Une perte croissante de confiance envers les personnes et les institutions signifie que le monde a plus que jamais besoin de ponts » a-t-il déclaré. « On peut construire des murs ou construire des ponts. Le mouvement coopératif a choisi de construire des ponts : cela fait partie de notre identité et de notre histoire. » Mais, pour construire un pont, a-t-il ajouté, « il faut d'abord que quelqu'un croie qu'il est possible de relier deux rives séparées. Il faut que quelqu'un l'imagine. Et c'est précisément ce que les coopératives font chaque jour. »

Ariel Guarco (Président de l’ACI) a souligné que le « Pont des Amériques » a été choisi comme logo de la conférence car les coopératives se reconnaissent pleinement dans l’idée de ponts – tout particulièrement à une époque aussi tendue, violente et marquée par les conflits. « La paix demeure le défi majeur de notre temps » a-t-il déclaré. « Derrière chaque conflit, il y a des êtres humains ; chaque déplacement de population porte en soi une histoire. Les coopératives ont ici l’opportunité de bâtir la paix, en nous amenant à nous interroger sur le type d’économie, de démocratie et de société que nous souhaitons construire. »

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Dans son allocution liminaire, Bjørg Sandkjær, Secrétaire générale adjointe chargée de la coordination des politiques au Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DESA), a cité le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, qui a déclaré : « La paix n'est jamais passive ; la paix exige un travail constant, la paix est une action. »

Bjørg Sandkjær a rappelé que, depuis plus de 80 ans, l’ONU œuvre à la promotion des droits sociaux et au renforcement de la coopération internationale. « Ce travail repose sur la conviction que la sécurité, le développement et la dignité humaine sont indissociables d’une paix durable » a-t-elle déclaré, ajoutant que « la paix ne peut exister là où règne l’exclusion, et que le développement ne peut prospérer là où les conflits détruisent les perspectives. L’ONU met de plus en plus l’accent sur la prévention en s’attaquant aux causes profondes des conflits. »

Elle a souligné que la coopération n'est pas une activité économique de niche mais un modèle essentiel capable de répondre à ces défis. Cette réalité a été mise en évidence l’an dernier à travers deux documents intergouvernementaux : la Déclaration politique de Doha et l’Engagement de Séville (Compromiso de Sevilla), deux cadres majeurs et complémentaires des Nations Unies visant à réformer la gouvernance mondiale, à renforcer les fondements sociaux et à mobiliser les milliers de milliards de dollars nécessaires à la réalisation des Objectifs de développement durable.

Ces deux textes publiés durant l’Année internationale des coopératives 2025, démontrent que « les coopératives sont essentielles à la construction de sociétés plus pacifiques et plus équitables ».

Bjørg Sandkjær s’est vu remettre le premier exemplaire du rapport d’orientation de l’ACI consacré aux Objectifs de développement durable. « Les Objectifs de développement durable constituent un cadre commun pour parvenir à la paix et à la prospérité » a-t-elle déclaré. « Il nous incombe de veiller à ce que personne ne soit laissé de côté. Les économies sont plus fortes et plus résilientes lorsque chacun peut participer pleinement à la vie économique et sociale. »

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Dans une intervention vidéo, le Directeur général de l’Organisation internationale du Travail, Gilbert F. Houngbo, a fait remarquer que l’OIT maintient, depuis 1920, une structure dédiée aux coopératives ainsi qu’à l’économie sociale et solidaire.

« La Recommandation n° 193 de l’OIT sur la promotion des coopératives fournit un cadre international pour des politiques permettant aux coopératives de se développer conformément à leurs valeurs et à leurs principes » a-t-il déclaré, en exhortant le mouvement coopératif à continuer de renforcer son impact en faveur du travail décent, de la résilience et de la paix, dans un contexte marqué par l’incertitude mondiale, les conflits et les inégalités. « Une paix durable ne peut être instaurée que si elle repose sur la justice sociale. » Vous pouvez visionner l’intégralité de son intervention ici.

Lors d’un débat modéré par le Directeur général de l’ACI, Jeroen Douglas, Andrea Matteo Fontana, ambassadeur désigné de l’Union européenne au Panama, a souligné l’importance d’une coopération entre l’Union européenne et les coopératives afin de développer davantage l’activité coopérative au niveau local. « Les coopératives ont un rôle à jouer pour faire le lien entre le développement économique, la promotion de l’inclusion sociale et le rapprochement des communautés » a-t-il déclaré, ajoutant que l’Union européenne était ouverte au dialogue sur l’implication des coopératives dans les initiatives Global Gateway, le programme de l’Union européenne prévoyant jusqu’à 300 milliards d’euros d’investissements dans des projets d’infrastructures à travers le monde.

L’Espagne est profondément engagée en faveur de l’économie sociale a déclaré Amparo Merino Segovia, Secrétaire d’État à l’Économie sociale du gouvernement espagnol. Les coopératives sont également de plus en plus visibles dans les discussions multilatérales. En mars 2026, le Congrès espagnol a adopté la Loi globale pour la promotion de l’économie sociale qui comporte une partie spécifiquement consacrée au mouvement coopératif. En juin, les gouvernements de l’Espagne, du Brésil et de la Colombie ont convoqué la réunion de lancement du Groupe des Amis de l’économie sociale et solidaire (ESS). « Nous pouvons dire haut et fort qu’il existe, du moins en Espagne, une reconnaissance politique de l’économie sociale » a déclaré Mme Segovia « mais nous devons aller de l’avant et créer un agenda politique et institutionnel réel et efficace qui produise des résultats ». Elle a également exprimé sa préoccupation quant au fait que le travail de l’OIT sur les coopératives et l’ESS pourrait être menacé.

Thérèse Faye Diouf (Présidente de la Commission des affaires monétaires et financières du Parlement panafricain) estime que « les économies ne peuvent pas développer une économie inclusive si nous ne développons pas les coopératives ». Elle a souligné que les coopératives facilitent la création d’emplois pour les jeunes et contribuent à la sécurité alimentaire. « Si nous ne nous développons pas collectivement, nous sommes vulnérables individuellement. Nous devons agir collectivement. » Elle a également souligné l’importance de la réglementation des coopératives, essentielle pour soutenir l’accès au financement, aux marchés publics et au soutien de l’État. Elle a également rappelé que le Parlement panafricain a officiellement adopté et lancé, l’an dernier, la Loi type sur les coopératives pour l’Afrique.

Shobha Shetty (Conseillère principale pour l’agriculture au sein du Groupe de la Banque mondiale et responsable du Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, GAFSP) a reconnu que les agriculteurs sont confrontés à une multitude de chocs, allant des conflits et de la hausse du prix des engrais au « phénomène El Niño de grande ampleur qui se profile à l’horizon ». Toutefois, a-t-elle souligné, il existe des raisons d’espérer, notamment une « tendance générale vers une plus grande focalisation sur l’agrégation ». Elle a cité l’exemple d’AgriConnect, une initiative du Groupe de la Banque mondiale conçue pour transformer l’agriculture des petits exploitants et renforcer la sécurité alimentaire mondiale. « Les coopératives jouent un rôle crucial dans cette transition et constituent un pilier essentiel pour y parvenir au cours des six prochaines années. »

Dans un message vidéo, Mario Lubetkin (ministre des Affaires étrangères de l’Uruguay et Président du G77) a expliqué comment l’ordre international fondé sur les Nations Unies était menacé. « Les divergences entre les pays ne doivent pas nécessairement se transformer en conflits armés » a-t-il déclaré, soulignant que « la paix et l’intégration se renforcent mutuellement et exigent toutes deux le dialogue… Par son multilatéralisme, le mouvement de coopération internationale a un rôle à jouer pour contribuer à lutter contre l’exclusion et la pauvreté, et pour veiller à ce que personne ne soit laissé de côté. »

Hagen Henrÿ (Président du comité du droit coopératif de l’ACI) a abondé dans ce sens, soulignant que « l’injustice sociale conduit aux conflits ». Selon lui ,si les législations nationales intégraient le texte de l’ACI (la Déclaration sur l’Identité coopérative), « nous ferions un grand pas vers la paix » ; il a ajouté que le multilatéralisme, tel que nous l’avons connu (c’est-à-dire les relations entre États), « subsistera… mais a besoin d’être affiné ».

« C’est actuellement insuffisant » a déclaré Henrÿ « car la pratique de la mondialisation a permis à certains acteurs d’utiliser les nouvelles technologies pour échapper aux législations nationales et créer leur propre multilatéralisme. La structure des entreprises – y compris celle des coopératives – est en train de changer. Elles sont interconnectées entre elles, ce qui entraîne des conséquences considérables… Mon rêve est le suivant : pourquoi ne pas instaurer un nouveau type de multilatéralisme, porté par les coopératives, qui tirerait parti de l’immense réservoir de connaissances dont dispose ce secteur ? »

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Les délégués ont entendu l’intervention de Babu Kaji Thapa, Directeur général de la Fédération nationale des coopératives du Népal, sur la contribution socio-économique des coopératives à la paix avant de participer à des ateliers parallèles consacrés aux trois piliers de la stratégie 2026-2030 de l’ACI : « Pratiquer, Promouvoir, Protéger ». L’atelier « Pratique » avait pour objet de tisser des liens entre les générations, les genres et l’ensemble du mouvement coopératif, tout en examinant ce que signifie concrètement mettre en œuvre les valeurs coopératives. Dans la session « Promouvoir », des responsables de la communication, des militants et des dirigeants coopératifs ont pris part à un atelier visant à doter les délégués d’outils pour renforcer le discours coopératif, influencer les politiques et favoriser un changement systémique. Enfin, l’atelier « Protéger » s’est penché sur la notion d’Identité coopérative, par le biais d’un « Laboratoire de l’Identité coopérative » explorant les moyens de préserver cette Identité dans un monde en constante évolution.

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La deuxième journée s'est ouverte par une allocution du Président de l'ACI, Ariel Guarco, qui a estimé que la paix est « un sujet sensible, difficile à aborder » et qu'il est impossible d'en parler « sans examiner en profondeur la situation mondiale actuelle et chercher à comprendre les conditions qui engendrent les conflits ».

Il a rappelé que l'ONU avait été créée pour réduire les conflits après deux guerres mondiales mais qu'il existe aujourd'hui 130 conflits armés actifs (selon le CICR), 65 conflits impliquant des États en 2025 (le nombre le plus élevé depuis 1946, selon le PRIO) et que les dépenses militaires mondiales atteignent 2 890 milliards de dollars par an. Certains dirigeants présentent désormais « la force et la confrontation comme des instruments légitimes de règlement des différends » a-t-il déclaré, alors même que des centaines de millions de personnes sont confrontées à la faim, au manque d'éducation, à la précarité de l'emploi et à l'insuffisance de l'accès aux soins de santé.

Face à cela, les coopératives constituent un modèle qui « place les personnes au centre » a-t-il déclaré, citant les propos du pape François selon lesquels « l’économie tue » si elle n’est pas entre les mains des personnes. « Sans démocratie économique, il ne peut y avoir non plus de démocratie tout court » a-t-il ajouté.

Le Dr Guarco a rejeté l'idée d'une société passive, saluant les « millions de coopérateurs déjà à l'œuvre » pour améliorer les conditions de vie grâce à l'accès au financement, à l'agriculture, au logement, aux soins de santé, à la technologie et aux services d'utilité publique. Il a également rendu hommage à celles et ceux qui travaillent dans le commerce de détail, s'organisent en coopératives de travailleurs et préservent les pratiques culturelles.

Il considère les coopératives comme des bâtisseuses de ponts, capables de développer une « diplomatie citoyenne » là où la diplomatie gouvernementale a été interrompue. Il a invité l’auditoire « non seulement à travailler au sein de coopératives mais à vivre de manière coopérative » et à œuvrer ensemble « pour ce monde meilleur auquel nous aspirons tous, ce monde meilleur que nous méritons tous ». Découvrez l’intégralité du discours du Dr Guarco ici.

Le thème de la paix s'est poursuivi avec les réflexions de l'honorable Tangariki Reete (ministre du Tourisme, du Commerce, de l'Industrie et des Coopératives de Kiribati) et de l'honorable Gloria María De León Zubieta (ministre du Tourisme du Panama) sur le rôle que les coopératives peuvent jouer pour soutenir les communautés et contribuer à la paix, en particulier face aux défis posés par le changement climatique.

 

La dernière table ronde de la journée a été ouverte par le modérateur Danilo Salerno (Directeur régional de Coopératives des Amériques) qui a donné lecture d’une lettre de Michelle Bachelet, ancienne Présidente du Chili et ancienne haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, dans laquelle elle exhortait le mouvement mondial à dépasser les pratiques courantes pour s’attaquer, à plus grande échelle, aux enjeux de la paix, de la gouvernance et d’un multilatéralisme pacifique.

Au cours de la discussion qui a suivi, María Ortiz (Directrice exécutive des initiatives de leadership à l’Aspen Institute, au Mexique) a souligné que la conférence semblait particulièrement pertinente au regard du contexte actuel ; elle a ajouté qu’il était hautement symbolique de réfléchir à des moyens de rapprocher les individus et les communautés dans un « lieu qui relie, au sens littéral, le continent américain ». David Aguilar (responsable des affaires académiques à la « Cité du savoir » – Ciudad del Saber – a présenté ce pôle d’innovation situé à Panama, établi sur l’ancienne base militaire de Fort Clayton ; il a évoqué son histoire, sa mission, ainsi que la communauté qui y est implantée, composée d’entreprises, d’agences des Nations unies, d’ONG, d’organismes publics et de programmes universitaires. Il a également évoqué ses initiatives en matière de durabilité, notamment ses bâtiments certifiés LEED et son plan directeur d’aménagement urbain, ainsi que son rôle de centre régional d’innovation et d’entrepreneuriat.

Valtencir Mendes (Chef de l’éducation au bureau de l’UNESCO pour l’Amérique latine, section II) a présenté les enjeux liés à l’intelligence artificielle et l’Observatoire de l’éducation à l’IA développé par l’organisation, tandis que Donna Dizon (CLIMBS) a fait le point sur les activités du Collège coopératif des Philippines et sur son partenariat avec Cooperatives UK.

Le Dr Halefom Gezaei Abera (FANA Youth SACCO, Éthiopie) a expliqué comment son organisation élargit l'accès des jeunes à l'épargne, au crédit, au soutien à l'entrepreneuriat et au renforcement des compétences, contribuant ainsi à faire de l'inclusion financière un vecteur d'espoir, d'opportunités et de reconstruction.

François Dionne (SOCODEVI) a présenté les coopératives cacaoyères en Colombie comme un moteur de développement, d'inclusion sociale et de réconciliation dans l’après-conflit, établissant un lien entre le processus de paix et les efforts de réintégration en Colombie et les résultats économiques du modèle coopératif : revenus plus élevés, meilleur accès aux marchés et gains de productivité pour les familles de cacaoculteurs. Il a également mis en avant les retombées sociales : une forte participation des femmes (84 % aux processus décisionnels) et des jeunes, l’émergence de leaderships communautaires et une reconnaissance internationale de la qualité du cacao colombien, présentant ainsi les coopératives comme des bâtisseurs de confiance, d'inclusion et de paix durable.

Représentant le mouvement coopératif italien, Attilio Dadda (Président de Legacoop Lombardia et Vice-président de Legacoop Nazionale) a présenté plusieurs exemples montrant comment le mouvement coopératif contribue à la cohésion sociale et aide les communautés à traverser et à surmonter les périodes de crise.

Au cours de la séance, trois jeunes leaders d’Amérique latine (Milagros Arias Tuñón, Mateo Cando et Kiriam Palma) ont été invités à participer à une session de questions-réponses avec des dirigeants expérimentés afin d’échanger des connaissances et des enseignements susceptibles de favoriser le développement du leadership chez les jeunes. Il a été convenu que les organisations devaient mieux associer les jeunes à la mise en œuvre des programmes, leur confier de véritables responsabilités (au-delà d’une simple participation symbolique) et que les coopératives devaient tirer parti de leurs compétences tout en restant à leur écoute.

Au cours de l'événement, les délégués ont également entendu plusieurs brèves annonces.

Ariel Guarco a présenté son nouveau livre, Cooperativas en Acción II (Co-operatives in Action II, uniquement disponible en espagnol aujourd’hui) qui rassemble des témoignages de coopération venus du monde entier. Noel Raboy, Président-directeur général de CLIMBS (Philippines) et membre du conseil d'administration du Fonds pour le développement coopératif international, a invité les coopératives du monde entier à solliciter un financement de solidarité après avoir débloqué 68 000 dollars américains destinés à des initiatives menées par des coopératives. 

Violetta Nafpaktiti a partagé des informations sur DotCooperation qui gère notamment le domaine .coop, les éléments liés à la marque COOP et la carte mondiale des coopératives. Elle a invité tous les participants à y inscrire leurs membres et à s'approprier les outils numériques que le mouvement mondial a mis à leur disposition. « C'est à nous, alors utilisons-les ! », a-t-elle déclaré. « Faisons entendre plus fort la voix des coopératives à l'échelle mondiale. »

Tiago Schmidt, Président de Sicredi Pioneira (Brésil) et Président du groupe de travail de l’ACI sur le patrimoine culturel coopératif, a annoncé les inscriptions 2026 au programme du patrimoine culturel coopératif qui comprennent 63 nouveaux sites et éléments issus de 39 pays.

Ces nouvelles inscriptions témoignent de la remarquable diversité du patrimoine coopératif à travers les régions du monde et les générations.

Santosh Kumar, Directeur de la législation de l’ACI, a présenté amicus.coop, une nouvelle plateforme juridique et politique destinée au mouvement coopératif mondial qui vise à rapprocher le droit coopératif de celles et ceux qui l’élaborent, l’interprètent et l’utilisent.

À la suite de la présentation de la Déclaration de Panama, les coorganisateurs panaméens Alex Ortega (Président de la Cooperativa Profesionales) et Erika Vargas (Directrice exécutive de l’IPACOOP Panama) ont remercié les délégués de leur présence ; le Président de Coopératives des Amériques, Jose Alves, a quant à lui, rappelé aux délégués qu’« une déclaration ne doit pas constituer le point final d’une conversation. Elle doit être le point de départ d’un engagement ».

Il a ajouté : « Une coopérative peut apporter une solution locale ; des millions de solutions locales, reliées entre elles par un mouvement mondial, peuvent produire un impact véritablement transformateur. »

Pour clore la conférence, Chitose Arai (Union japonaise des coopératives de consommateurs) et Kenki Maeda (Alliance coopérative du Japon) ont animé un atelier d’origami, invitant les participants à plier du papier pour créer des colombes de la paix. Ariel Guarco et son fils Juan, accompagnés de Boris Allara (Directeur exécutif adjoint de l’IPACOO), ont conclu l’événement en interprétant « Imagine » de John Lennon dont les paroles résonnaient particulièrement avec la conférence et son thème : « Imaginez tous les gens // Vivant leur vie en paix ».

Les délégués présents ont également eu l’occasion d’échanger avec l’équipe du Bureau mondial de l’ACI (Alliance coopérative internationale) sur un stand dédié, et de découvrir certaines entreprises coopératives panaméennes lors d’une « Coop EXPO » spécialement organisée, où ils ont pu acheter divers produits tels que du café, des confiseries traditionnelles et des objets artisanaux.

Une activité spéciale de « Bingo de la solidarité » a également été organisée par l'honorable Maricel Cohen de Mulino, Première dame de la République du Panama, dans le cadre d'une vaste campagne nationale de solidarité destinée à recueillir des fonds pour des projets essentiels dans les domaines de la santé et des infrastructures sociales à travers le pays.

Un très chaleureux merci à tous les partenaires, sponsors et hôtes qui ont rendu cet événement possible. Pour consulter la liste complète, rendez-vous sur le site de l'événement.