Dans sa déclaration concluant la Table ronde de Haut niveau sur le renforcement des trois piliers du développement social lors du Sommet social mondial, le Président de l’ACI, Ariel Guarco, a souligné que renverser une situation qui voit encore tant de personnes dans la pauvreté « ne dépend pas uniquement de notre capacité à aider ces personnes ; cela dépend de notre capacité à identifier avec précision ce qui a causé – et continue de causer – ce fléau… Il sera vain de continuer à discuter, dans notre cas, du rôle des coopératives dans la promotion de l’inclusion si le paradigme dominant de l’économie mondiale continue de générer toujours plus de personnes exclues. »
La réduction de la pauvreté constitue un pilier central de l'Agenda 2030 – et le premier Objectif de développement durable (ODD) – pourtant, les progrès accusent un sérieux retard. En 2025, on a estimé que 808 millions de personnes (environ 10 % de la population mondiale) vivront dans l'extrême pauvreté, survivant avec moins de 3 dollars américains par jour (PPA 2021). Par ailleurs, l'accès à l'emploi, autrefois considéré comme la principale voie de sortie de la pauvreté ne garantit plus une amélioration des conditions de vie : plus de 240 millions de travailleurs vivent encore sous le seuil de pauvreté.
Les coopératives occupent une position unique pour lutter contre la pauvreté et défendre la dignité humaine. En privilégiant les personnes au profit, elles créent des perspectives de sortie de la pauvreté grâce au travail décent, au pouvoir d’achat mutualisé, à l'inclusion sociale et à la solidarité communautaire. Par la propriété collective et la prise de décision partagée, elles favorisent une répartition plus équitable des richesses et renforcent le capital social.
Au Kenya, la Maasai Kajiado Women Dairy Cooperative est une organisation dirigée par des femmes, créée pour améliorer les revenus des ménages et soutenir les moyens de subsistance familiaux en autonomisant les femmes traditionnellement exclues de la propriété du bétail et de la prise de décisions financières. Aujourd'hui, elle compte plus de 5 000 membres, dont plus de 3 200 sont activement impliquées dans les régions de Kajiado Centre, Est et Ouest. Grâce à la collecte, la transformation et la commercialisation collectives du lait, les membres ont amélioré leur accès aux marchés, obtenu des prix plus équitables et stabilisé leurs revenus. Au-delà des gains économiques, la coopérative promeut l'égalité des genres en donnant aux femmes le contrôle financier, favorise la durabilité environnementale par la conservation des pâturages et la collecte de l’eau, et renforce la cohésion communautaire et l'autonomisation collective des femmes Maasaï.
L'Associação dos Catadores de Papel, Papelão e Material Reaproveitável (ASMARE) fondée en 1990 à Belo Horizonte, au Brésil, est l'un des exemples les plus reconnus internationalement d'un mouvement coopératif transformant un travail informel et marginalisé en moyens de subsistance dignes. Avant la création d'ASMARE, les récupérateurs de déchets – dont beaucoup étaient des femmes, des Afro-Brésiliennes ou des personnes sans domicile fixe – travaillaient dans une extrême précarité, gagnant très peu et sans reconnaissance légale ni protection sociale. ASMARE a organisé ces travailleurs au sein d'une structure coopérative, négocié des accords formels avec la municipalité et obtenu l’accès à des centres de recyclage, à des équipements, à des formations et à des conditions de travail sûres. Ces avancées ont permis aux récupérateurs d’obtenir des revenus plus réguliers, d'améliorer leur santé et leur sécurité au travail et d'accéder à l’inscription à la sécurité sociale ainsi qu’aux services municipaux.
Par le biais de ses activités de coopération internationale, Food and Forest Development Finland (FFD), fondée par le Pellervo Coop Center, a contribué à la création de la Coopérative d'entrepreneuriat social d'Amritpur (ASEC) au Népal. Constituée à l’origine par dix groupes d'usagers de la forêt communautaire dans le district de Dang, au Népal, l'ASEC compte aujourd'hui plus de 9 200 membres qui gèrent durablement les ressources forestières communautaires. Elle renforce les moyens de subsistance des usagers de la forêt grâce à des formations à l’entrepreneuriat, au leadership et à la résilience climatique. Dans ce cadre, FFD dote la communauté locale d’outils adaptés pour prévenir et affronter les catastrophes naturelles et s'y adapter, qui figurent aujourd'hui parmi les principaux facteurs de pauvreté.