Le 27 janvier, l’Alliance Coopérative Internationale (ACI), l’Institut européen de recherche sur les entreprises coopératives et sociales (EURICSE) et le Groupe de réflexion international sur l’entrepreneuriat coopératif (ICETT) ont organisé un webinaire sur l’édition spéciale de l’Observatoire mondial des coopératives 2025 (World Cooperative Monitor), qui marque la clôture de l’Année internationale des coopératives 2025 des Nations Unies.
L’Observatoire mondial des coopératives (World Cooperative Monitor - WCM) est le rapport mondial de référence sur l’envergure, la portée et les résultats économiques des plus grandes coopératives et mutuelles au niveau mondial. Élaboré tous les ans par l’ACI et EURICSE, avec l’appui de l’ICETT, il fournit des données comparables de qualité sur le mouvement coopératif mondial, qui proviennent d’un classement des 300 principales coopératives et mutuelles et d’une analyse sectorielle du mouvement coopératif. L’édition 2025 comprend également des entretiens avec des chefs de file du Cercle des dirigeants des cinquante plus grandes coopératives et mutuelles (CM50).
Lors du webinaire animé par Ilana Gotz (chef de projet, EURICSE), il a été présenté les principaux résultats et les tendances mondiales de l’Observatoire mondial des coopératives 2025, ainsi que des exemples d’impact de l’action de coopératives dans différents secteurs et régions. Les participants se sont également intéressés à l’évolution du format de l’Observatoire mondial des coopératives au cours des dix prochaines années.
Dans son allocution d’ouverture, Jeroen Douglas, Directeur général de l’ACI, a indiqué que les 300 principales coopératives et mutuelles avaient enregistré un chiffre d’affaires total annuel de 2 700 milliards de dollars, soit un niveau équivalent à celui des plus grandes économies nationales au niveau mondial. « Le rapport montre que les coopératives et les mutuelles peuvent encore grandement se développer sur les différents marchés. » « En cette période complexe, nous avons tous l’impression d’être à la fin d’un chapitre et d’ouvrir une nouvelle page décisive de notre histoire. Les coopératives et les mutuelles peuvent jouer un rôle déterminant. »
M. Jeroen Douglas a ajouté que la présentation officielle du rapport de l’Observatoire mondial des coopératives lors du Sommet mondial pour le développement social à Doha coïncidait avec la publication du manifeste de CM50 (Un Contrat pour une nouvelle économie mondiale) et de la stratégie 2026-2030 de l’ACI (Mettre en pratique, Promouvoir et Protéger).
CM50 a été créé par l’ACI pour développer les parts de marché sectorielles des coopératives et des mutuelles au titre de la concrétisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies et au-delà. Co-op News a mené des entretiens avec plusieurs membres de CM50, dont des extraits figurent dans l’Observatoire mondial des coopératives.
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Lors de sa présentation des résultats de l’Observatoire mondial des coopératives, Gianluca Salvatori, secrétaire général d’EURICSE, a déclaré qu’en dépit de l’instabilité mondiale, les 300 principales coopératives de la planète avaient affiché une croissance régulière entre 2017 et 2023, ce qui montrait leur résilience et leur stabilité. Il a ajouté que le rapport permettait de tirer un autre enseignement important : bien que l’ancrage local du mouvement coopératif soit souvent reconnu, la coopération n’est pas limitée au niveau local et ne s’oppose pas à un développement à grande échelle.
M. Salvatori estime qu’il conviendrait d’élargir la collecte de données dans le cadre des prochaines éditions du rapport de l’Observatoire mondial des coopératives. « Depuis 13 ans, l’Observatoire mondial des coopératives met l’accent, à juste titre, sur les éléments visant à montrer l’envergure du mouvement. Aujourd’hui, nous devons nous intéresser à une autre question : à quels titres les coopératives sont-elles porteuses de transformation ? Au-delà de l’envergure, il est temps d’évaluer d’autres aspects, tels que la qualité du travail, le capital social, l’impact sur l’environnement et la participation démocratique. Nous ne devons pas seulement évaluer la dimension des coopératives, mais nous devons aussi nous intéresser aux transformations dont elles sont porteuses.
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Rebecca Harvey, rédactrice en chef de Co-op News, a coordonné la série d’entretiens avec les dirigeants de CM50. Selon elle, les chiffres du rapport sont impressionnants, mais sont insuffisants. « En cette Année internationale des coopératives 2025 marquée par une volonté de développement du mouvement coopératif, nous devons enrichir les faits et les chiffres qui sont recueillis et expliquer en quoi ce mouvement peut véritablement changer la donne pour nos membres, leurs employés, les populations locales et la planète. »
Ces entretiens mettent en évidence ce qui différencie les coopératives des autres entreprises. Par ailleurs, la diversité de l’écosystème coopératif « montre qu’il est possible de diriger une entreprise de manière démocratique et durable en mettant l’être humain au premier plan, tout en étant incroyablement prospère.» Cependant, Mme Harvey a averti qu’il restait nécessaire de soutenir les coopératives. « Les dirigeants ont été clairs dans leur message : pour faciliter l’essor du mouvement mondial, les coopératives ont besoin de reconnaissance, d'un environnement réglementaire favorable et de mécanismes visant à donner un coup d’accélérateur aux changements d’échelle. »
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Les participants ont également assisté à des interventions de personnalités de premier plan de coopératives de différents secteurs (agriculture, consommation, banque et assurance), qui ont fait part d’exemples de réussite.
Manish Sanghani, président d’Amreli District Cooperative Union, et Tarun Bhargava, directeur général d’Indian Farmers Fertilizer Cooperative (IFFCO) (Inde), ont évoqué l’impact du modèle coopératif sur de nombreuses coopératives agricoles indiennes. M. Sanghani a présenté succinctement l’IFFCO et son approche qui est élaborée par et pour les exploitants agricoles, ce qui a permis d’aider environ 50 millions d’exploitants par l’intermédiaire des 36 000 coopératives membres de l’organisation.
M. Bhargava a quant à lui indiqué que l’IFFCO, comme d’autres entreprises, avait été touchée par l’instabilité mondiale. « Malgré ces difficultés mondiales, nous veillons à ce que les exploitants puissent s’approvisionner en engrais. » Au-delà du soutien à l'activité agricole, l’IFFCO offre des services d’assistance médicale aux exploitants, des bourses d’études et des programmes d’autonomisation des femmes.
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Paul Gerrard, directeur des campagnes et des affaires et politiques publiques de la coopérative du Royaume-Uni Co-operative Group, a expliqué de quelle façon l’organisation utilisait son envergure et son rayon d’action pour intervenir au service de ses membres et au nom de ceux-ci. « Nous ne sommes pas simplement une grande entreprise. Nous sommes une grande entreprise avec des valeurs », a-t-il déclaré. « Nous nous engageons en faveur de causes suggérées par nos membres pour lesquelles ceux-ci ont donné leur accord et qui nécessitent l’intervention des pouvoirs publics dans des domaines tels que l’esclavage moderne, les violences au travail et le rôle des coopératives dans la consolidation de la paix dans les régions sortant d’un conflit. »
« Nos membres, qui sont propriétaires de la coopérative, ont formulé des propositions et nous avons répondu à leurs souhaits », a-t-il déclaré. « Cet exemple montre toute l’utilité d’être propriétaire d’une coopérative et l’impact positif que les coopératives peuvent avoir sur la société. »
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La Cooperative Bank of Kenya est la plus grande banque du pays. « Le modèle coopératif est au cœur de toutes nos actions », a déclaré Vincent Marangu, directeur de la division des solutions bancaires pour les coopératives. Cette division de la Cooperative Bank of Kenya, dont l’activité est centrée sur les coopératives, apporte en particulier un soutien aux coopératives des secteurs de l’agriculture, du transport, du logement et de l’investissement, et offre également des conseils et des formations aux coopératives.
« La Cooperative Bank of Kenya a été créée pour apporter un soutien en cas de crise », a-t-il indiqué, soulignant que pendant la pandémie de covid-19, l’organisation avait été autorisée à verser des dividendes aux sociétaires de la coopérative. Par ailleurs, elle a également aidé le gouvernement à faire évoluer le secteur du café au Kenya en mettant en place un système de paiement direct et a élargi son champ d’intervention à d’autres secteurs des coopératives agricoles, ainsi qu’à d’autres domaines, tels que l’éducation et le conseil.
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Depuis la Colombie, María Eugenia Pérez Zea, présidente de Coomeva Cooperative Business Group, a expliqué comment son organisation avait été créée « par un groupe de professionnels du secteur médical ayant décidé de se regrouper après la perte de l’un de leurs collaborateurs dont la famille s’était retrouvée démunie. »
Cette approche solidaire reste un « pilier central » de l’approche des coopératives qui s’emploient à « protéger les membres et leurs familles et [à les aider] à bâtir un avenir plus sûr », a-t-elle déclaré. Aujourd’hui, le groupe intervient dans les domaines de la finance, de la santé, des services de soutien et de la protection sociale. Il a créé plusieurs fonds de solidarité qui « montrent que son modèle est différent et innovant à son échelle, mais sera toujours au service des communautés ».
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En guise de conclusion et de réflexion sur l’évolution de l’Observatoire mondial des coopératives, Thomas Blondeel, président de l’ICETT et responsable du plaidoyer international de SmartCoop en Belgique, a déclaré qu’il fallait par la suite « redéfinir les objectifs de l’Observatoire et créer un nouveau format qui répondrait à l’ambition de documentation et de promotion de l’impact des coopératives au niveau mondial. »
M. Blondeel a ajouté que des réunions d’évaluation et de planification étaient prévues dans les prochains mois. « Si vous souhaitez y participer, vous êtes chaleureusement invité à nous contacter. Travaillons main dans la main pour faire de ce rapport un véritable observatoire mondial des coopératives et en faire un meilleur outil de communication stratégique. »
Pour de plus amples informations sur l’Observatoire mondial des coopératives, veuillez consulter le site web https://monitor.coop/ ou envoyer un message à l’une des adresses électroniques suivantes : ICETT@ica.coop ou njuguna@ica.coop.